26 December 2019

±

the world is far,
the world has gone,
in the absence or distance of the world,
I must, I owe it to you,
I owe it to myself to carry you,
without world, without the foundation or grounding of anything in the world,
without any foundational or fundamental mediation,
one on one,
like wearing mourning or bearing a child,
basically where ethics begins.

dansuri de craciun réfléchit

22 December 2019

The soul is the effect and instrument of a political anatomy; the soul is the prison of the body. - Michel Foucault

21 December 2019

“You must be ready to burn yourself in your own flame; how could you rise anew if you have not first become ashes?”  ― Friedrich Nietzsche, ‘Thus Spoke Zarathustra’

20 December 2019

THE MYTH OF SISYPHUS

by Stephen Mitchell

We tend to think of Sisyphus as a tragic hero, condemned by the gods to shoulder his rock sweatily up the mountain, and again up the mountain, forever.

The truth is that Sisyphus is in love with the rock. He cherishes every roughness and every ounce of it. He talks to it, sings to it. It has become the Mysterious Other. He evens dreams of it as he sleepwalks upward. Life is unimaginable without it, looming always above him like a huge gray moon.

He doesn’t realize that at any moment he is permitted to step aside, let the rock hurtle to the bottom, and go home.

Tragedy is the inertial force of the mind.

16 December 2019

économie politique // économie libidinale

Le simulacre n'est jamais ce qui cache la vérité – c'est la vérité qui cache qu'il n'y en a pas. Le simulacre est vrai.

15 December 2019

sous le voile

“Wisdom disguises our wounds: it teaches us how to bleed in secret.”

— Emil M. Cioran, from “Strangled Thoughts”  in “The New Gods”, 1969

13 December 2019

99 reasons to cry

« La rancune attise la guerre froide, qui est un état d’exception, et le pardon, vrai ou faux, fait le contraire: il lève l’état d’exception, liquide ce que la rancune entretenait, résout l’obsession vindicative. Le nœud de la rancune se dénoue. » 

« L’élan du pardon est si impalpable, si controversable qu’il décourage toute analyse: dans cet ébranlement fugitif, dans cet imperceptible clignotement de la charité, où sont les prises qui rendraient possible un discours philosophique? Dans la transparence limpide de ce mouvement, que pourrions-nous trouver à décrire? »
 

12 December 2019

the immunological function of music

fly on

The body - and everything that touches it: diet, climate, and, soil - is the domain of the Herkunft. The body manifests the stigmata of past experience and also gives rise to desires, failings, and errors. These elements may join in a body where they achieve a sudden expression, but as often, their encounter is an engagement in which they efface each other, where the body becomes the pretext of their insurmountable conflict. The body is the inscribed surface of events (traced by lan­guage and dissolved by ideas), the locus of a dissociated self (adopting the illusion of a substantial unity), and a volume in perpetual disintegration. Genealogy, as an analysis of descent, is thus situated within the articulation of the body and history. Its task is to expose a body totally imprinted by history and the process of history’s destruction of the body. 

— Michel Foucault, Nietzsche, Genealogy, History

10 December 2019

temps

Le temps mûrit toutes choses; par le temps toutes choses viennent en évidence; le temps est père de la vérité. ~ François Rabelaisde

06 December 2019

« On se drogue parce que la vie est assommante, que les gens sont fatiguant, qu’il n’y a plus tellement d’idées majeures à défendre, qu’on manque d’entrain » ± Françoise Sagan

03 December 2019

We are what we think.
All that we are arises with our thoughts.
With our thoughts we make the world.
Buddha

L'épreuve du temps - [perdu]

the state

The State, the only State that exists, according to Deleuze, is the territorializing machine, the punitive apparatus, the dream system of desire that the body without organs cannot resist or subvert because it is created in relation to the machine and emerges in ties.

02 December 2019

чем больше вам неизвестно, тем больше болит!

Да-с, умный человек девятнадцатого столетия должен и нравственно обязан быть существом по преимуществу бесхарактерным; человек же с характером, деятель, — существом по преимуществу ограниченным. Это сорокалетнее мое убеждение. Мне теперь сорок лет, а ведь сорок лет — это вся жизнь; ведь это самая глубокая старость. Дальше сорока лет жить неприлично, пошло, безнравственно! Кто живет дольше сорока лет, — отвечайте искренно, честно? Я вам скажу, кто живет: дураки и негодяи живут. Я всем старцам это в глаза скажу, всем этим почтенным старцам, всем этим сребровласым и благоухающим старцам! Всему свету в глаза скажу! Я имею право так говорить, потому что сам до шестидесяти лет доживу. До семидесяти лет проживу! До восьмидесяти лет проживу!.. Постойте! Дайте дух перевести...

±

В этих стонах выражается, во-первых, вся для нашего сознания унизительная бесцельность вашей боли; вся законность природы, на которую вам, разумеется, наплевать, но от которой вы все-таки страдаете, а она-то нет. Выражается сознание, что врага у вас не находится, а что боль есть; сознание, что вы, со всевозможными Вагенгеймами, вполне в рабстве у ваших зубов; что захочет кто-то, и перестанут болеть ваши зубы, а не захочет, так и еще три месяца проболят; и что, наконец, если вы все еще несогласны и все-таки протестуете, то вам остается для собственного утешения только самого себя высечь или прибить побольнее кулаком вашу стену, а более решительно ничего.

30 November 2019

Upajjhatthana Sutta

A woman or a man, a householder or one gone forth, should often reflect thus:
(1) ‘I am subject to old age; I am not exempt from old age.’
(2) ‘I am subject to illness; I am not exempt from illness.’
(3) ‘I am subject to death; I am not exempt from death.’
(4) ‘I must be parted and separated from everyone and everything dear and agreeable to me.’
(5) ‘I am the owner of my kamma, the heir of my kamma; I have kamma as my origin, kamma as my relative, kamma as my resort; I will be the heir of whatever kamma, good or bad, that I do.

28 November 2019

credo

te trezesti dimineata
te uii la viata ta
si nu-ti vine sacrezi

pentru ca nu e viata ta :)

27 November 2019

On pourrait récrire le contrat médical dans les termes d'une série de paradoxes. Premier paradoxe : la personne humaine n'est pas une chose, et pourtant son corps est une partie de la nature physique observable. Deuxième paradoxe : la personne n'est pas une marchan dise, ni la médecine un commerce, mais la médecine a un prix et coûte à la société. Dernier paradoxe qui recouvre les deux précédents : la souf france est privée, mais la santé est publique

22 November 2019

La Nature ne connaît pas la roue 

“Nous vivons sans être obligés de savoir que cela exige un cœur, des viscères, tout un labyrinthe de tubes et de fils, tout un matériel vivant de cornues et de filtres, grâce auquel il se fait en nous un échange perpétuel entre tous les ordres de grandeur de la matière et toutes les formes de l’énergie, depuis l’atome jusqu’à la cellule, et depuis la cellule jusqu’aux masses visibles et tangibles de notre corps."

19 November 2019

Les livres sont, comme les virus, des entités intermédiaires entre l’objet et l’être vivant.

Chaque relation amoureuse laisse derrière elle une bibliographie, comme une sorte de trace ou d’héritage où l’on signale les livres que chaque amant a apportés à l’autre. De la même manière, on pourrait dire que chaque relation a sa bible, son livre sacré, le livre à travers lequel un amour ou un échec amoureux se raconte. L’intensité et le degré de réalisation d’un amour peuvent être mesurés par l’impact que la relation amoureuse a eu sur notre bibliothèque personnelle.
ici

14 November 2019

métempirique

mai presus de
in afara
deasupra
in exteriorul
extra
meta
experienta
practica
logica
observatie


03 November 2019

Je souffre, je suis

Je suis la plaie et le couteau!
Je suis le soufflet et la joue!
Je suis les membres et la roue,
Et la victime et le bourreau!


L'Héautontimorouménos

31 October 2019

Bras cassé

(...)

La douleur ne veut plus faire qu'un avec moi, peser sur moi, se dilater, s'étendre en moi, être ma ville, moi son unique habitant, régner,avoir son saoul en moi.

Où la fourrer, où la parquer, la tenir à l'écart, à quelle fenêtre afin qu'elle se divertisse toute seule, souffrance que je voudrais noyer, faire éclater ... Mais elle vit de moi. Elle ne peut pas vivre ailleurs.

L 'infini peut-être l'absorberait ...

Comment lui faire absorber ma souffrance ? Comment la désubstantialiser ? Souffrance est matière première qui reste première, intransformable.

Tout de même, je réfléchis. Comment dissoudre ma souffrance ? Il y a là sûrement un manque d'intelligence de ma part. Je voudrais, cette souffrance, qu'elle fasse explosion. Ce n'est pas cela -- hélas -- réfléchir.

Un seul os cassé a arraisonné ma vie. Mal avance, et moi je ne peux plus avancer. Profond en mon corps le mal s'enfonce ... et moi l'esprit dépaysé par ses rapports hurlants ... (il ne peut donc pas avertir de façon plus discrète, plus conforme à ma nature ?).

Mal que je dois goûter goutte à goutte.

Mal ! Mal ! Mal ! mal sans cesse qui dévale en moi et sa fanfare folle, sa trompette déchirante, pour moi seul. Mal et moi horrible "entre-nous", rideaux tirés. Mal qui survit à tout comme un culte inepte transmis incompris, commandement dépassé auquel on reste soumis.

Mal ! Mal !

(...)

Henri Michaux


les biographèmes

29 October 2019

SIlver heads

raconter, c’est toujours raconter quelque chose à quelqu’un à partir d’une attente (bienveillante ou méfiante), sur la base d’un horizon d’attente fondé en premier lieu sur la prévisibilité des formes d’organisation du type narratif en général et des genres de discours narratifs en particulier (récit fantastique, journalistique, histoire drôle, etc.)

24 October 2019

LA MORT est u n e PERSONNE et c'est nous-mêmes...

Les Amérindiens sont aujourd'hui la voix ultime de la terre; ils témoignent dans leur chair, de la blessure écologique permanente de cette Terre.

23 October 2019

haha-haha

atunci cand faci al doilea doctorat deja si inca te mai trezesti din cosmaruri in care n-ai dat biologia la bac
asa articuleaza mintea ta traumele
azi

homo loquens

18 October 2019

inimioara

Он не понимал её, а только любил. ~Лев Толстой

17 October 2019

ufo

5-4

Vous, doctes à la haute et profonde science,
Vous qui devinez et qui savez
Comment, où et quand tout s'unit,
Pourquoi tout s'aime et se caresse;
Vous, grands savants, instruisez-moi!
Découvrez-moi ce que j'ai là,
Découvrez-moi où, comment, quand
Et pourquoi pareille chose m'arriva.
Gottfried August Bürger

16 October 2019

in 24 de ore

poti deveni fericit
poti uita pe cineva
poti face un copil
poti muri
poti trada
poti renaste
poti contempla o porcarie
poti medita
poti aliena toata lumea
poti reinventa microcosmosul tau

e mult si putin si pretios
dupa 24 de ore, nu te mai leaga nimic

14 October 2019

не (надо)

- Тебе надо, ты и звони.
- А если мне не надо?
- Тогда наберись мужества, позвони и скажи, что тебе не надо.

lost & found


inch'allah

05 October 2019

pretium doloris

Sickness is a hindrance to the body, but not to your ability to choose, unless that is your choice. Lameness is a hindrance to the leg, but not to your ability to choose. Say this to yourself with regard to everything that happens, then you will see such obstacles as hindrances to something else, but not to yourself. ~ Epictetus 
  x

30 September 2019

nobody. ever. finds.

the flesh covers the bone
and they put a mind
in there and
sometimes a soul,
and the women break
vases against the walls
and them men drink too
much
and nobody finds the
one
but they keep
looking
crawling in and out
of beds.
flesh covers
the bone and the
flesh searches
for more than
flesh.

there's no chance
at all:
we are all trapped
by a singular
fate.

nobody ever finds
the one.

the city dumps fill
the junkyards fill
the madhouses fill
the hospitals fill
the graveyards fill

nothing else
fills

29 September 2019

pouvoir être faibles ensemble

Le souvenir du bonheur n'est plus du bonheur ; le souvenir de la douleur est de la douleur encore. ~ George Gordon Byron
 

22 September 2019

le fou (du) roi

"un homme qui se croit un roi est fou, un roi qui se croit un roi ne l'est pas moins" Propos sur la causalité psychique", in Ecrits, Le Seuil, pp. 170-171

13 September 2019

Moon walk

"If the body is not a "being," but a variable boundary, a surface whose permeability is politically regulated, a signifying practice within a cultural field of gender hierarchy and compulsory heterosexuality, then what language is left for understanding this corporeal eneactment, gender, that constitutes its "interior" signification on the surface?"

07 September 2019

déréliction

[Littéraire] Sentiment d'abandon et de solitude morale.

03 September 2019

Where is she?

Activity/passivity,
Sun/Moon,
Culture/Nature,
Day/Night,
Father/Mother,
Head/heart,
Intelligible/sensitive,
Logos/Pathos. . . .
Man
˗˗˗˗˗˗˗˗˗˗˗˗
Women

25 August 2019

somatèque

"la masculinité est à la société ce que l’Etat est à la nation : le détenteur et l’usager légitime de la violence"

"Hier, le lieu de la lutte était l’usine, aujourd’hui c’est le corps et la subjectivité."
'la philo comme technologie de production de subjectivité', bien vu

20 July 2019

Incendies

Nawal
Ça, c'est l'alphabet. Il y a vingt-neuf sons. Vingt-neuf lettres. Ce sont tes munitions. Tes cartouches. Tu dois toujours les connaître. Comment tu les mets les unes avec les autres, ça donne les mots.



Le médecin 
Pour se venger. Il y a deux jours, les miliciens ont pendu trois réfugiés qui se sont aventurés en dehors des camps. Pourquoi les miliciens ont-ils pendu les trois réfugiés ? Parce que deux réfugiés du camp avaient violé et tué une fille du village de Kfar. Samira. Pourquoi ont-ils violé cette fille ? Parce que les miliciens avaient lapidé une famille de réfugiés. Pourquoi l'ont-ils lapidée ? Parce que les réfugiés avaient brûlé une maison près de la colline du thym. Pourquoi les réfugiés ont-ils brûlé la maison ? Pour se venger des miliciens qui avaient détruit un puits d'eau foré par eux. Pourquoi les miliciens ont détruit le puits ? Parce que des réfugiés avaient brûlé une récolte du côté du fleuve au chien. Pourquoi ont-ils brûlé la récolte ? Il y a certainement une raison, ma mémoire s'arrête là, je ne peux pas monter plus haut, mais l'histoire peut se poursuivre encore longtemps, de fil en aiguille, de colère en colère, de peine en tristesse, de viol en meurtre, jusqu'au début du monde.

Nawal
Le temps est une poule à qui on a tranché la tête, le temps court comme un fou, à droite à gauche, et de son cou décapité, le sang nous inonde et nous noie.

Nawal
Les livres, c'est bien, mais les livres sont toujours soit très en retard, soit très en avance.

16 July 2019

Anne Onyme

“Le plus beau jour de ma vie est peut-être passé.”

“Il est préférable que je ne lise pas les ouvrages techniques de médecine, en particulier les passages décrivant les symptômes de certaines maladies : je les vois proliférer en moi à mesure que j’en découvre l’existence. ”

“Il m’arrive de penser que tout ce que je sais est contenu dans mon cerveau, je pense alors intensément à ce morceau de chair de poids léger, mais je ressens un vide, cet organe ne m’évoque rien : je ne parviens pas à penser l’organe de ma pensée.”

“L’illusion du déjà-vu me réjouit plus qu’un grand vin.”

“La vie des célébrités m’intéresse moins que celle des inconnus”

“Je me méfie des textes intraduisibles.”

09 July 2019

les flics du Signifiant ou

phallocratie, quand tu nous fait écrire,
féminisme, quand tu nous fait tripper

08 July 2019

Love loves to love love.

n-am citit Ulysses
n-am citit Homer
n-am citit multe chestii

dar citesc multe chestii

si voi citit Ulysses
si voi citit Homer
si voi citit multe chestii

cate chestii irationale dar si cate intalniri minunate

il existe donc un étroit rapport entre les fleurs et les bagnards

07 July 2019

baz-ar(t)


J'appelle stratégie le calcul (ou la manipulation) des rapports de force qui devient possible à partir du moment où un sujet de vouloir et de pouvoir (une entreprise, une armée, une cité, une institution scientifique) est isolable. Elle postule un lieu susceptible d'être circonscrit comme un propre et d'être la base où gérer les relations avec une extériorité de cibles ou de menaces (les clients ou les concurrents, les ennemis, la campagne autour de la ville, les objectifs et les objets de la recherche, etc.). Comme dans le management, toute rationalisation "stratégique" s'attache d'abord à distinguer d'un "environnement" un "propre", c'est-à-dire le lieu du pouvoir et du vouloir propres. Geste cartésien, si l'on veut : circonscrire un propre dans un monde ensorcelé par les pouvoirs invisibles de l'Autre. Geste de la modernité scientifique, politique, ou militaire.

L'instauration d'une césure entre un lieu approprié et son autre s'accompagne d'effets considérables, dont quelques-uns doivent être notés tout de suite :
Le "propre" est une victoire du lieu sur le temps. Il permet de capitaliser des avantages acquis, de préparer des expansions futures et de se donner ainsi une indépendance par rapport à la variabilité des circonstances. C'est une maîtrise du temps par la fondation d'un lieu autonome.
C'est aussi une maîtrise des lieux par la vue. La partition de l'espace permet une pratique panoptique à partir d'un lieu d'où le regard transforme les forces étrangères en objets qu'on peut observer et mesurer, contrôler donc et "inclure" dans sa vision (*). Voir (loin), ce sera également prévoir, devancer le temps par la lecture d'un espace.
Il serait légitime de définir le pouvoir du savoir par cette capacité de transformer les incertitudes de l'histoire en espaces lisibles. Mais il est plus exact de reconnaître dans ces "stratégies" un type spécifique de savoir, celui que soutient et détermine le pouvoir de se donner un lieu propre. Aussi bien les stratégies militaires ou scientifiques ont-elles toujours été inaugurées grâce à la constitution de champs "propres" (cités autonomes, institutions "neutres" ou "indépendantes", laboratoires de recherche "désintéressés", etc.). Autrement dit, un pouvoir est le préalable de ce savoir, et non pas seulement son effet ou son attribut. Il en permet et commande les caractéristiques. Il s'y produit.
 Par rapport aux stratégies (dont les figures successives bougent ce schéma trop formel et dont le lien avec une configuration historique particulière de la rationalité serait aussi à préciser), j'appelle tactique l'action calculée que détermine l'absence d'un propre. Alors aucune délimitation de l'extériorité ne lui fournit la condition d'une autonomie. La tactique n'a pour lieu que celui de l'autre. Aussi doit-elle jouer avec le terrain qui lui est imposé tel que l'organise la loi d'une force étrangère. Elle n'a pas le moyen de se tenir en elle-même, à distance, dans une position de retrait, de prévision, de rassemblement de soi : elle est mouvement "à l'intérieur du champ de vision de l'ennemi" comme le disait von Bülow (**), et dans l'espace contrôlé par lui. Elle n'a donc pas la possibilité de se donner un projet global ni de totaliser l'adversaire dans un espace distinct, visible et objectivable. Elle fait du coup par coup. Elle profite des "occasions" et en dépend, sans prévoir ses sorties. Ce qu'elle gagne ne se garde pas. Ce non-lieu lui permet sans doute la mobilité, mais dans une docilité aux aléas du temps, pour saisir au vol les possibilités qu'offre un instant. Il lui faut utiliser, vigilante, les failles que les conjonctures particulières ouvrent dans la surveillance du pouvoir propriétaire. Elle y braconne. Elle y crée des surprises. Il lui est possible d'être là où on ne l'attend pas. Elle est ruse.

(...)

Sans lieu propre, sans vision globalisante, aveugle et perspicace comme on l'est dans le corps à corps sans distance, commandée par les hasards du temps, la tactique est déterminée par l'absence de pouvoir comme la stratégie est organisée par le postulat d'un pouvoir. De ce point de vue, sa dialectique pourra être éclairé par l'art ancien de la sophistique. Auteur d'un grand système "stratégique", Aristote s'intéressait déjà beaucoup aux procédures de cet ennemi qui pervertissait, pensait-il, l'ordre de la vérité. De cet adversaire protéiforme, rapide, surprenant, il cite une formule qui, en précisant le ressort de la sophistique, peut finalement définir la tactique telle que je l'entends ici : il s'agit, dit Corax, de "rendre la plus forte la position la plus faible" (***). Dans son resserrement paradoxal, ce mot découpe le rapport de forces qui est au principe d'une créativité intellectuelle aussi tenace que subtile, inlassable, mobilisée en attente de toutes les occasions, disséminée sur les terrains de l'ordre dominant, étrangère aux règles que se donne et qu'impose la rationalité fondée sur le droit acquis d'un propre.

Les stratégies sont donc des actions qui, grâce au postulat d'un lieu de pouvoir (la propriété d'un propre), élaborent des lieux théoriques (systèmes et discours totalisants) capables d'articuler un ensemble de lieux physiques où les forces sont réparties. Elles combinent ces trois types de lieu, et visent à les maîtriser les uns par les autres. Elles privilégient donc les rapports de lieux. Du moins s'efforcent-elles d'y ramener les relations temporelles par l'attribution analytique d'une place propre à chaque élément particulier et par l'organisation combinatoire des mouvements spécifiques à des unités ou à des ensembles d'unités. Le modèle en a été militaire avant d'être "scientifique". Les tactiques sont des procédures qui valent par la pertinence qu'elles donnent au temps - aux circonstances que l'instant précis d'une intervention transforme en situation favorable, à la rapidité de mouvement qui changent l'organisation de l'espace, aux relations entre moments successifs d'un "coup", aux croisements possibles de durées et de rythmes hétérogènes, etc. A cet égard, la différence entre les unes et les autres renvoie à deux options historiques en matière d'action et de sécurité (des options qui répondent d'ailleurs à des contraintes plus qu'à des possibilités) : les stratégies misent sur la résistance que l'établissement d'un lieu offre à l'usure du temps ; les tactiques misent sur une habile utilisation du temps, des occasions qu'il présente et aussi des jeux qu'il introduit dans les fondations d'un pouvoir. Même si les méthodes pratiquées par l'art de la guerre quotidienne ne se présentent jamais sous une forme aussi tranchée, il n'en reste pas moins que des paris sur le lieu ou sur le temps distinguent les manières d'agir.



(*) "Il n'y a de stratégies qu'à inclure la stratégie de l'autre", pour John von Neumann et Oskar Morgenstern, Theory of Games and Economic Behavior, 3rd ed., New York, John Wiley, 1964
(**) "La stratégie est la science des mouvements guerriers en dehors du champ de vision de l'ennemei ; la tactique, à l'intérieur de celui-ci" (von Bülow)
(***) Aristote, Rhétorique, II, 24, 1402a : "rendre le plus faible de deux arguments le plus fort" (trad. M. Dufour, paris, Les Belles Lettres, Budé, 1967, t.2, p. 131). La même "trouvaille" est attribuée à Tisias par Platon, Phèdre, 273b-c (Platon, Œuvres Complètes, Paris, gallimard, Pléiade, t. 2, 1950, p. 72-73). Voir aussi W. K. C. Guthrie, The Sophists, Cambridge, Cambridge University Press, 1971, p. 178-179. Sur la technè de Corax, mentionnée par Aristote à propos des "lieux des enthymèmes apparents", voir Ch. Perelman et L. Olbrechts-Tyteca, Traité de l'argumentation, Bruxelles, Université libre, 1970, p. 607-609.

06 July 2019

life is the exception not the norm. you are a miracle

vacuité

et si j'étais un signifiant sans signifié ?

'La mort est le seul événement, tout le reste est langage.' Barthes


NB. le pouvoir comme opérateur d'exclusion entre le raisonnable et le déraisonnable

05 July 2019

moi, l'autarcique

Il y a des interprètes partout. Chacun parle sa langue même s’il connaît un peu la langue de l’autre. Les ruses de l’interprète ont un champ très ouvert et il n’oublie pas ses intérêts.
Jacques Derrida

03 July 2019

ugly feelings

“The pain receptors have evolved to make us care about injury and disease. Pain is an analog of injury in its inherent similarity. Contrast pain with an orgasm, as a possible analog. If, instead of pain, we always had an orgasm to injury, we would be biologically destined to bleed to death.”

30 June 2019

Leaned out, big time


a fost
a trecut
moving on

felicitari, cris
te stimez
))

don't do it ca-i gata
interesant proces
over and out

TRAP


„The heart is not broken, in the sense that it does not exist before the break. But it is the break itself that makes the heart. The heart is not an organ, and neither is it a faculty. It is: that I is broken and traversed by the other where its presence is most intimate and its life most open. The beating of the heart – rhythm of the partition of being, syncope of the sharing of singularity – cuts across presence, life, consciousness. That is why thinking – which is nothing other than the weighing or testing of the limits, the ends, of presence, of life, of consciousness – thinking itself is love.”

23 May 2019

what does this say about me?

“A healthy person, if he is honest, wants nothing to do with the sick; he does not wish to be reminded of sickness and thereby, inevitably, of death.”