27 December 2020

D&G


Le sujet et l’objet donnent une mauvaise approximation de la pensée. Penser n’est ni un fil tendu entre un sujet et un objet, ni une révolution de l’un autour de l’autre. Penser se fait plutôt dans le rapport du territoire et de la terre. (Deleuze et Guattari, Qu’est-ce que la philosophie ?, 82)

Le problème de l’inconscient, à coup sûr, n’a rien à voir avec la génération, mais avec le peuplement, la population. Une affaire de population mondiale sur le corps plein de la terre, et pas de génération familiale organique. (Deleuze et Guattari, Mille plateaux, 43).

17 December 2020

Negreșită

“Pe corpul meu s-a dezbătut
Pe corpul meu s-a luptat
Corpul meu a fost disciplinat
de religie, poliție, corporații și stat
Dar,
în afara structurilor,
Oamenii mei sunt aproape,
Oameni pe care-i iubesc,
Care m-ajută să cresc,
Prin care caut o comunitate.
Cu ei corpul meu va fi întotdeauna liber
Și iubirea
Și mai liberă!”

15 June 2020

The Hippocratic Oath (Ορκος)

I swear by Apollo the physician, and Asclepius, and Hygieia and Panacea and all the gods and goddesses as my witnesses, that, according to my ability and judgement, I will keep this Oath and this contract:

To hold him who taught me this art equally dear to me as my parents, to be a partner in life with him, and to fulfill his needs when required; to look upon his offspring as equals to my own siblings, and to teach them this art, if they shall wish to learn it, without fee or contract; and that by the set rules, lectures, and every other mode of instruction, I will impart a knowledge of the art to my own sons, and those of my teachers, and to students bound by this contract and having sworn this Oath to the law of medicine, but to no others.

I will use those dietary regimens which will benefit my patients according to my greatest ability and judgement, and I will do no harm or injustice to them.

I will not give a lethal drug to anyone if I am asked, nor will I advise such a plan; and similarly I will not give a woman a pessary to cause an abortion.

In purity and according to divine law will I carry out my life and my art.

I will not use the knife, even upon those suffering from stones, but I will leave this to those who are trained in this craft.

Into whatever homes I go, I will enter them for the benefit of the sick, avoiding any voluntary act of impropriety or corruption, including the seduction of women or men, whether they are free men or slaves.

Whatever I see or hear in the lives of my patients, whether in connection with my professional practice or not, which ought not to be spoken of outside, I will keep secret, as considering all such things to be private.

So long as I maintain this Oath faithfully and without corruption, may it be granted to me to partake of life fully and the practice of my art, gaining the respect of all men for all time. However, should I transgress this Oath and violate it, may the opposite be my fate.

Translated by Michael North, National Library of Medicine, 2002.

20 May 2020

être nyctalope

La rue permettait de se réinventer ou encore d’en finir avec un temps linéaire qui s’était donné comme but de chercher un sens à l’existence. On devait être simplement dans l’ici et le maintenant et ne penser qu’à un lieu quotidien propice à un sommeil convenable.

17 May 2020

bonsoir

Le temps est le concept même qui est là, et se présente à la conscience comme intuition vide. C'est pourquoi l'esprit se manifeste nécessairement dans le temps, et il se manifeste dans le temps aussi longtemps qu'il ne saisit pas son concept pur, c'est-à dire n'élimine pas le temps (das heißt nicht die Zeit tilgt). Le temps est le pur Soi extérieur, intuitionné, non pas saisi par le Soi, le concept seulement intuitionné ; quand ce concept se saisit soi-même, il relève sa forme de temps (hebt seine! Zeitform auf), conçoit l'intuition, et est intuition conçue et concevante. Le temps se manifeste donc comme le destin et la nécessité de l'esprit qui n'est pas encore achevé au-dedans de soi-même (der nicht in sich vollendet ist).


Hegel, «Le Savoir absolu ». Phénoménologie de l'esprit, trad. Hyppolile. Paris: Aubier-Montaigne. 1941,2 vol.. 2, p.305, dans L'Avenir de Hegel: Plasticite, Temporalite, Dialectique de Catherine Malabou

14 April 2020

d'antan (le français ... c'est un mystère)

Qu'est-ce que l'acte de création?

"Dans les personnages de Dostoïevski, il se passe une chose assez curieuse très souvent. Généralement, ils sont très agités, hein ! Un personnage s’en va, descend dans la rue, tout ça comme ça, et dit “Une telle, la femme que j’aime, Tania, m’appelle au secours, j’y vais, je cours, je cours, oui, Tania va mourir si je n’y vais pas“. Et il descend son escalier et il rencontre un ami, ou bien il voit un chien écrasé et il oublie complètement. Il oublie, il oublie complètement que Tania l’attend, en train de mourir. Il se met à parler comme ça, il se met…, et il croise un autre camarade, il va prendre le thé chez le camarade et puis tout d’un coup, il dit “Tania m’attend, il faut que j’y aille“. Mais qu’est-ce que ça veut dire ces … hein voila. Chez Dostoïevski, les personnages sont perpétuellement pris dans des urgences, et en même temps qu’ils sont pris dans des urgences, qui sont des questions de vie ou de mort, ils savent qu’il y a une question encore plus urgente, ils ne savent pas laquelle, et c’est ça qui les arrête. Tout se passe comme si dans la pire urgence, il y a le feu, il y a le feu, il faut que je m’en aille, je me disais, non non il y a quelque chose de plus urgent, quelque chose de plus urgent, et je ne bougerai pas tant que je le saurai pas. C’est l’idiot ça ; c’est l’idiot, c’est la formule de l’idiot. Ah !, mais vous savez, non non, il y a un problème plus profond, quel problème ? je ne vois pas bien, mais laissez-moi, laissez-moi, tout peut brûler, sinon quand on arrive, il faut trouver ce problème plus urgent. Cela c’est par Dostoïevski que Kurosawa l’apprend, tous les personnages de Kurosawa sont comme ça (...), ils sont pris dans des situations impossibles. Ah oui, mais attention, il y a un problème plus urgent, il faut que je sache quel est ce problème."

12 April 2020

De profundis clamavi

J'implore ta pitié, Toi, l'unique que j'aime,
Du fond du gouffre obscur où mon coeur est tombé.
C'est un univers morne à l'horizon plombé,
Où nagent dans la nuit l'horreur et le blasphème;

Un soleil sans chaleur plane au-dessus six mois,
Et les six autres mois la nuit couvre la terre;
C'est un pays plus nu que la terre polaire
— Ni bêtes, ni ruisseaux, ni verdure, ni bois!

Or il n'est pas d'horreur au monde qui surpasse
La froide cruauté de ce soleil de glace
Et cette immense nuit semblable au vieux Chaos;

Je jalouse le sort des plus vils animaux
Qui peuvent se plonger dans un sommeil stupide,
Tant l'écheveau du temps lentement se dévide!

08 April 2020

zen

"Can you see time? No. Then you should stop looking for it." — Zen proverb

Nam June Paik, TV Buddha, 1976

05 April 2020

Into the abyss

Hélas, la porte du bonheur ne s’ouvre pas vers l’intérieur, et il ne sert donc à rien de s’élancer contre elle pour la forcer. Elle s’ouvre vers l’extérieur. Il n’y a rien à faire.
Søren Kierkegaard, Ou bien, ou bien

30 March 2020

lockdown day 22

Не выходи из комнаты, не совершай ошибку

Не выходи из комнаты, не совершай ошибку.
Зачем тебе Солнце, если ты куришь Шипку?
За дверью бессмысленно все, особенно — возглас счастья.
Только в уборную — и сразу же возвращайся.

О, не выходи из комнаты, не вызывай мотора.
Потому что пространство сделано из коридора
и кончается счетчиком. А если войдет живая
милка, пасть разевая, выгони не раздевая.

Не выходи из комнаты; считай, что тебя продуло.
Что интересней на свете стены и стула?
Зачем выходить оттуда, куда вернешься вечером
таким же, каким ты был, тем более — изувеченным?

О, не выходи из комнаты. Танцуй, поймав, боссанову
в пальто на голое тело, в туфлях на босу ногу.
В прихожей пахнет капустой и мазью лыжной.
Ты написал много букв; еще одна будет лишней.

Не выходи из комнаты. О, пускай только комната
догадывается, как ты выглядишь. И вообще инкогнито
эрго сум, как заметила форме в сердцах субстанция.
Не выходи из комнаты! На улице, чай, не Франция.

Не будь дураком! Будь тем, чем другие не были.
Не выходи из комнаты! То есть дай волю мебели,
слейся лицом с обоями. Запрись и забаррикадируйся
шкафом от хроноса, космоса, эроса, расы, вируса.

27 March 2020

LA découverte

alors t'es là en monde quarantaine, confiné, raffiné, consterné
t'es accro
t'es à bout
t'es à cran

la découverte de la dépendance
t'es foutue
t'es touffue
t'es une machine à désobéir
un objet de désir

l'abstention
l'abjection
l'incision
vaste projet de reconstruction
de réanimation
de l'autre

autrui sommeille en toi
vas-y, ma belle
un beau projet
quasi-sainteté
vulgarisée

dédramatise
déculpabilise
vise haut
toi et moi,
on est deux en un

future mère de la terre
vacillante
étincelante
chatoyante

c'est mignon
tout rose, tout bon
crépuscule animé
par tes propres pensées

t'es à jour (27 mars, clair-obscur)

La Peste

“Une manière commode de faire la connaissance d’une ville est de chercher comment on y travaille, comment on y aime et comment on y meurt.”

“Ce qui est plus original dans notre ville est la difficulté qu’on peut y trouver à mourir. Difficulté, d’ailleurs, n’est pas le bon mot et il serait plus juste de parler d’inconfort. Ce n’est jamais agréable d’être malade, mais il y a des villes et des pays qui vous soutiennent dans la maladie, où l’on peut, en quelque sorte, se laisser aller. Un malade a besoin de douceur, il aime à s’appuyer sur quelque chose, c’est bien naturel. Mais à Oran, les excès du climat, l’importance des affaires qu’on y traite, l’insignifiance du décor, la rapidité du crépuscule et la qualité des plaisirs, tout demande la bonne santé. Un malade s’y trouve bien seul. Qu’on pense alors à celui qui va mourir, pris au piège derrière des centaines de murs crépitants de chaleur, pendant qu’à la même minute, toute une population, au téléphone ou dans les cafés, parle de traites, de connaissements et d’escompte. On comprendra ce qu’il peut y avoir d’inconfortable dans la mort, même moderne, lorsqu’elle survient ainsi dans un lieu sec.”

“– Tu as bien connu Camps, disait l’un.
– Camps ? Un grand avec une moustache noire ?
– C’est ça. Il était à l’aiguillage.
– Oui, bien sûr.
– Eh bien, il est mort.
– Ah ! et quand donc ?
– Après l’histoire des rats.
– Tiens ! Et qu’est-ce qu’il a eu ?
– Je ne sais pas, la fièvre. Et puis, il n’était pas fort. Il a eu des abcès sous le bras. Il n’a pas résisté.
– Il avait pourtant l’air comme tout le monde.
– Non, il avait la poitrine faible et il faisait de la musique à l’Orphéon. Toujours souffler dans un piston, ça use.
– Ah ! termina le deuxième, quand on est malade, il ne faut pas souffler dans un piston.”

““Le fléau n’est pas à la mesure de l’homme, on se dit donc que le fléau est irréel, c’est un mauvais rêve qui va passer. Mais il ne passe pas toujours et, de mauvais rêve en mauvais rêve, ce sont les hommes qui passent, et les humanistes en premier lieu, parce qu’ils n’ont pas pris leurs précautions. Nos concitoyens n’étaient pas plus coupables que d’autres, ils oubliaient d’être modestes, voilà tout, et ils pensaient que tout était encore possible pour eux, ce qui supposait que les fléaux étaient impossibles. Ils continuaient de faire des affaires, ils préparaient des voyages et ils avaient des opinions. Comment auraient-ils pensé à la peste qui supprime l’avenir, les déplacements et les discussions ? Ils se croyaient libres et personne ne sera jamais libre tant qu’il y aura des fléaux.”

“D’un côté de la vitre, le ciel frais du printemps, et de l’autre côté le mot qui résonnait encore dans la pièce : la peste. Le mot ne contenait pas seulement ce que la science voulait bien y mettre, mais une longue suite d’images extraordinaires qui ne s’accordaient pas avec cette ville jaune et grise [...]”

“À partir de ce moment, il est possible de dire que la peste fut notre affaire à tous. Jusque-là, malgré la surprise et l’inquiétude que leur avaient apportées ces événements singuliers, chacun de nos concitoyens avait poursuivi ses occupations, comme il l’avait pu, à sa place ordinaire. Et sans doute, cela devait continuer. Mais une fois les portes fermées, ils s’aperçurent qu’ils étaient tous, et le narrateur lui-même, pris dans le même sac et qu’il fallait s’en arranger. C’est ainsi, par exemple, qu’un sentiment aussi individuel que celui de la séparation d’avec un être aimé devint soudain, dès les premières semaines, celui de tout un peuple, et, avec la peur, la souffrance principale de ce long temps d’exil.”

“On peut dire que cette invasion brutale de la maladie eut pour premier effet d’obliger nos concitoyens à agir comme s’ils n’avaient pas de sentiments individuels.”

“il arrive qu’on souffre longtemps sans le savoir.”








07 March 2020

math

The medium is the message. *Marshall McLuhan
Love is the message. *Yussef Dayes, Alfa Mist, Mansur Brown
Love is the medium. *Cris

26 February 2020

Почти, но не совсем

order in chaos. RZA

“The heart is not broken, in the sense that it does not exist before the break. But it is the break itself that makes the heart. The heart is not an organ, and neither is it a faculty. It is: that I is broken and traversed by the other where its presence is most intimate and its life most open. The beating of the heart – rhythm of the partition of being, syncope of the sharing of singularity – cuts across presence, life, consciousness. That is why thinking – which is nothing other than the weighing or testing of the limits, the ends, of presence, of life, of consciousness – thinking itself is love.” 
Jean-Luc Nancy, The Inoperative Community

listen to the guru

14 February 2020

"Those who are not understood are blamed for what is not understood."

Part of the self-definition of Europe and the Neo-European countries is that it, the first world, is where major calamities are history-making, transformative, while in poor, African or Asian countries they are part of a cycle, and therefore something like an aspect of nature.

12 February 2020

il faudrait une bonne révolution

Les premières semaines tu es resté complètement au lit, sans bouger. Tu ne savais plus parler, tu ne pouvais plus que crier. C’était la douleur, elle te faisait te réveiller la nuit et crier, ton corps ne pouvait plus se supporter lui-même, tous tes mouvements et tes déplacements les plus minuscules réveillaient tes muscles ravagés. Tu prenais conscience de l’existence de ton corps dans la douleur, par elle.

Et puis la parole est revenue. Au début, c’était seulement pour demander de la nourriture et à boire, et avec le temps tu as recommencé à faire des phrases plus longues, à exprimer des désirs, des envies, des colères. La parole ne remplaçait pas la douleur. Il ne faut pas se tromper là-dessus, il faut dire les choses. La douleur n’a jamais disparu.


L’ennui a pris toute la place dans ta vie. Je te regardais et j’apprenais à voir que l’ennui est ce qui peut arriver de pire. Même dans les camps de concentration on pouvait s’ennuyer. C’est étrange de le penser. Imre Kertész le dit, Charlotte Delbo le dit, même dans les camps de concentration, même avec la faim, la soif, la mort, l’agonie pire que la mort, les crématoires, les chambres à gaz, les exécutions sommaires, les chiens toujours déjà prêts à vous déchiqueter les membres, le froid, la chaleur, la chaleur et la poussière qui entrent dans la bouche, la langue qui durcit comme un morceau de béton à l’intérieur de la bouche privée d’eau, le cerveau asséché qui se rétracte dans la boîte crânienne, le travail, le travail encore, les puces, les poux, la gale, la diarrhée, la soif encore, malgré tout ça, et tout ce que je n’ai pas dit, il y avait encore de la place pour l’ennui, l’attente de l’événement, celui qui ne viendra pas ou qui tarde trop à venir.
§§§
Hollande, Valls, El Khomri, Hirsch, Sarkozy, Macron, Bertrand, Chirac. L’histoire de ta souffrance porte des noms. L’histoire de ta vie est l’histoire de ces personnes qui se sont succédé pour t’abattre. L’histoire de ton corps est l’histoire de ces noms qui se sont succédé pour le détruire. L’histoire de ton corps accuse l’histoire politique

10 February 2020

Je pensais :

Parce que tu as toujours eu cette sensation que ta vie s’est déroulée hors de toi, et en dépit de toi, et que tu l’as regardée se construire à l’écart et qu’elle ne te ressemble pas. Ce n’est pas seulement aujourd’hui. Quand tu étais petit et que tes parents t’emmenaient au supermarché tu regardais les passants avec leurs caddies. Tu les fixais, tu avais pris cette manie tu ne sais plus où, tu regardais leurs vêtements, leur façon de marcher, et tu te disais : Pourvu que je sois comme ça, pourvu que je ne sois pas comme ça. Et tu n’aurais jamais pensé à devenir ce que tu es aujourd’hui. Jamais. Tu n’aurais même pas pensé à ne pas le vouloir.
§§§
Je ne me suis pas retenu cette fois, et à cet infirmier qui voulait savoir vers quel service il devait m’expédier – après réflexion, je crois qu’il n’était pas infirmier, mais peut-être gardien, ou hôte d’accueil, ou standardiste – j’ai tout raconté. Je ne retenais pas mes pleurs. Je n’essayais pas de les retenir, j’étais convaincu que si je ne pleurais pas il ne me croirait pas. Mes larmes n’étaient pas fausses, la douleur était réelle, mais je savais qu’il fallait que je me plie au rôle si je voulais avoir des chances d’être cru. Évidemment c’est une angoisse qui a grandi les jours d’après. Plus tard, dans un autre hôpital, malgré ma détermination à émouvoir le médecin pour qu’il comprenne et pour qu’il me croie, ma voix était restée monocorde et métallique, je parlais avec froideur et distance, mes yeux restaient secs. J’avais trop pleuré, je n’avais plus rien à donner.
Tu dois pleurer ou il ne te croira pas, je pensais, tu dois pleurer. Mes yeux étaient devenus les yeux d’un étranger. Je me forçais. Je me suis contraint à faire monter les larmes, je me concentrais sur les images de Reda, de son visage, du revolver pour que les larmes coulent mais rien n’y faisait, les larmes ne coulaient pas, mes efforts ne payaient pas, les larmes ne se formaient pas, n’enflaient pas aux extrémités de mon regard, mon regard restait désespérément sec, j’étais toujours aussi placide qu’à mon arrivée et le médecin derrière ses lunettes hochait la tête, les lunettes glissaient sur son nez.
§§§
[...] utiliser l’après pour donner un sens à l’avant [...]. Le passé est la seule chose qu’on puisse changer et je suis sûr qu’il avait moins peur de l’avenir que de son passé.
§§§
le bruit harcèle le silence des organes ([la santé est le silence des organes. §Paul Valéry])
§§§
On dit qu’on ne peut pas sortir du langage, qu’il est le propre de l’être humain, qu’il conditionne tout, qu’il n’y a pas d’ailleurs, d’extérieur du langage, qu’on ne pense pas d’abord pour ensuite organiser ses pensées par le langage mais qu’il n’y a de pensée que par lui, qu’il est une condition, une nécessité de la raison et de la vie humaine, si le langage est le propre de l’homme alors pendant ces cinquante secondes où il me tuait je ne sais pas ce que j’étais). (Et par un étrange renversement aujourd’hui c’est le contraire, l’exact contraire, il ne me reste plus que le langage et j’ai perdu la peur, je peux dire « j’avais peur » mais ce mot ne sera jamais qu’un échec, une tentative désespérée de retrouver la sensation, la vérité de la peur.)
§§§
Cette prise de conscience de ce qui était réellement en train d’arriver avait eu lieu mais pourtant le sentiment d’irréalité persistait, et même après, en trois secondes, les trois secondes qui avaient suivi la strangulation le souvenir s’était vidé de sa réalité comme on vide un œuf par un trou percé à son extrémité ; la première seconde le souvenir s’était comme daté d’une heure, il avait été, pour une raison qui m’échappe, comme transféré, renvoyé, projeté une heure avant, la seconde suivante j’ai pensé que c’était arrivé quelques jours plus tôt, la troisième et dernière seconde que plusieurs années s’étaient dressées entre mon souvenir et moi.
§§§
On s’adapte vite à la peur.
§§§
Elle [le médecin] faisait comme si elle n’avait pas entendu, toujours tournée vers l’ordinateur, toujours le visage violet, fuchsia ; elle devait savoir depuis longtemps, après des années, que son travail consistait avant tout à gérer les silences et à savoir les imposer contre la folie des malades.
§§§
Dans le taxi on a tout fait pour parler d’autre chose mais les mots changeaient de sens, une espèce de langage codé parlait à notre place, il m’a demandé ce que je voulais manger et soudain repas voulait dire écharpe, il a demandé au chauffeur de mettre la radio plus fort et musique voulait dire revolver, Didier voulait dire Reda.
§§§
Elle ne pourra jamais comprendre que mon histoire est à la fois ce à quoi je tiens le plus et ce qui me paraît le plus éloigné et le plus étranger à ce que je suis, qu’à la fois je la serre de toutes mes forces contre ma poitrine de peur qu’on vienne me l’arracher mais que je ne ressens que du dégoût, le plus profond dégoût si on s’approche de moi pour me susurrer qu’elle m’appartient, qu’aussitôt qu’on me la rappelle je voudrais la jeter dans la poussière et m’éloigner.
Didier m’a conseillé de parler. Il m’a dit de parler autant que nécessaire mais de passer le plus vite possible à autre chose – pas d’oublier, non, car l’oubli n’appartient pas au domaine du réalisable, et d’ailleurs il disait que l’oubli n’était peut-être pas souhaitable, même dans le cas où il aurait été envisageable, mais de toute façon il ne l’était pas, et il avait raison, je sais par expérience que l’autisme de ceux qui veulent oublier le passé est aussi terrible que l’autisme de ceux qui sont obsédés par ce passé, j’ai appris que la question n’est jamais d’oublier ou non, c’est une alternative fausse, la seule issue, ai-je dit plus tard à Clara, c’est-à-dire cette semaine, presque un an après, la seule issue consiste à réussir à atteindre une forme de mémoire qui ne répète pas le passé et depuis la nuit du 24, ou du moins le lendemain, je travaille là-dessus, je l’ai promis à Didier, je cherche à construire une mémoire qui me permettrait de défaire le passé, qui d’un même geste l’amplifierait et le détruirait, par laquelle plus je me souviens et plus je me dissous dans les images qu’il me reste, moins j’en suis le centre.
§§§
Je répondais que Reda me retrouverait après la prison s’il était arrêté, qu’il allait me retrouver et qu’il se vengerait, et Didier répondait « Mais ça n’arrive jamais », il disait qu’Emmanuel lui avait expliqué un jour que ça ne finissait jamais comme ça, il savait puisqu’il était avocat, « il sait ça mieux que toi », il était assez compétent pour dire que ce genre de vengeance n’existait pas, je baissais les yeux vers la tasse de Didier posée en face de moi et je pensais : Mais ça ne rend pas ma peur moins vraie, moins écrasante, et ils devraient se soucier de ta peur plus que des probabilités, et ils devraient penser à ta peur avant de penser au reste mais ils ne le font pas, ils ne le font pas, ils ne le font pas, ils ne pensent ni à toi ni à la peur, et je ne disais rien de tout ça, évidemment je ne disais rien, je disais seulement que je ne voulais pas que cette histoire s’étire sur les mois à venir, j’expliquais qu’une procédure me forcerait à me répéter encore et encore, que ce qui s’était passé deviendrait d’autant plus réel, que ce qui s’était passé s’inscrirait d’autant plus en moi, dans mon corps, dans ma mémoire ; je ne savais pas encore à quel point j’aurais envie d’en parler ensuite, je ne devinais pas que mon comportement avec l’infirmière le matin même préfigurait ce que j’allais être pendant quelques semaines mais de toute façon ça ne change rien car pouvoir en parler et effectivement parler, ou être contraint de le faire, être convoqué à le faire sont deux choses qui n’ont rien à voir, radicalement différentes, les deux choses les plus opposées qui soient, je sais maintenant qu’il n’y a rien de commun entre ces deux choses qu’on appelle du même mot : « parler », que parfois ce qu’on appelle parler est plus proche de souffrir, se taire, de vomir que de parler, je sais aujourd’hui que le langage ment ; et Didier rétorquait que je l’oublierais d’autant plus facilement si je portais plainte ; je pensais : C’est faux, c’est faux, il sait que c’est faux et ils veulent t’enfermer dans une histoire qui n’est pas la tienne, ils veulent te faire porter une histoire que tu n’as pas voulue, ce n’est pas ton histoire, et c’est ça qu’il te disent depuis tout à l’heure, c’est ça, c’est ce qu’ils te répètent : porter plainte, ils veulent que tu la portes, que tu portes la plainte sur ton dos et tant pis si je marche courbé pendant des mois, tant pis si je m’en brise le squelette, tant pis si l’histoire est trop lourde et qu’elle m’écrase les côtes, qu’elle me fissure la peau, qu’elle me rompt des articulations, qu’elle me compresse les organes, et Didier et Geoffroy parlaient et je ne distinguais plus leurs phrases, absorbé par ma colère, je ne les voyais même plus, je sentais seulement leurs silhouettes réprobatrices à côté de moi, ils n’étaient plus Didier et Geoffroy, ils n’étaient plus ces deux personnes qui m’avaient sauvé la vie tellement de fois, ils n’étaient plus, et je pensais : Ils sont comme Reda. Ils sont Reda. Si Reda est le nom du moment où tu as dû vivre ce que tu ne voulais pas vivre, si Reda est le nom de la privation, du silence, de ton absence, le nom de l’instant où tu as dû faire ce que tu ne voulais pas faire où tu as dû traverser ce que tu ne voulais pas traverser être ce que tu ne voulais pas être alors tu as beau chercher, j’ai pensé : J’ai beau chercher je ne vois pas la différence, je ne vois rien d’autre, ils prolongent Reda, ils sont Reda, je ne les regardais plus pour essayer de retrouver leur visage et je pensais : Ils sont Reda, ils sont Reda, si Reda ce soir-là t’a privé de tes mouvements, si ce que Redat’a pris pendant une heure c’est le choix, le choix de tes mouvements, le choix de ton corps, alors ils te font exactement la même chose, et comme Reda tu les supplies de t’épargner, tu les supplies d’arrêter mais ils n’arrêtent pas, ils t’étranglent, ils t’étouffent et tu les supplies de s’arrêter mais ils ne s’arrêtent pas. Ils ne s’arrêtent pas.
§§§
À la fin du repas, nous avons payé et nous avons marché en direction du commissariat, mon corps n’était pas le mien, je le regardais m’emmener au commissariat.
§§§
J’écoute de moins en moins Clara, ses digressions m’épuisent.
La policière à l’accueil nous a demandé ce qu’on voulait mais je n’arrivais pas à prendre la parole. J’étais bègue. Didier l’a fait pour moi : « Ce jeune homme voudrait porter plainte. » Ils te traînent par le col. Elle a dit : « Pour quelleraison ? » Ils te traînent par le col et elle vient les aider. J’ai répondu : « Tentative de meurtre, et viol. » Tu ne t’attendais pas à ça. Elle a eu un léger mouvement de recul elle a douté, elle nous a regardés tous les trois.
§§§
Il m’a installé dans son bureau, disant « Prenez la chaise », il est sorti, est revenu « Je vous écoute ».
Au début il tapait ce que je lui dictais. Puis les bruits de ses doigts sur le clavier se sont raréfiés. Je parlais dans le désordre. Il ne tapait plus du tout mais il m’a fallu du temps pour m’apercevoir que le bruit des touches d’ordinateur s’était espacé puis complètement dissipé. Je parlais. Il m’a interrompu pour me dire qu’il ne pouvait pas s’occuper d’une « histoire comme la mienne ».
« C’est trop grave monsieur » ; il allait m’envoyer vers un autre commissariat, à quelques rues de là, toujours dans le sixième arrondissement. Je me suis vu me lever, ouvrir la porte d’un coup d’épaule et la faire voler en éclats, et courir dans le couloir, m’enfoncer dans la rue, dans la nuit, et courir encore. Mais j’étais toujours en place sur la chaise, et le policier quittait une seconde fois la pièce.
§§§
Ne l’écoute plus. J’ai suivi l’infirmière dans le bureau. Je me suis présenté au médecin, qui m’a serré la main, trop fort, Clara dit que les médecins serrent toujours les mains trop fort pour annoncer le rapport de force à venir – Mais ne l’écoute plus ; je me suis assis en face de lui, de l’autre côté de son bureau.
§§§
Les pleurs n’étaient pas nécessaires, mon corps suffit.
§§§
Les mensonges m’ont sauvé plus d’une fois. Si j’y réfléchis beaucoup de moments de liberté dans ma vie ont été des moments où j’ai pu mentir, et par mentir j’entends résister à une vérité qui essayait de s’imposer à moi, à mes tissus, à mes organes, en fait une vérité déjà établie en moi, parfois depuis longtemps, mais qui avait été établie en moi par les autres, de l’extérieur, une vérité extérieure, comme la peur que Reda m’avait inoculée, et je me rendais compte que les mensonges étaient la seule force qui m’appartenait vraiment, la seule arme à laquelle je pouvais faire confiance, sans condition. Je suis tombé sur cette phrase de Hannah Arendt quand j’étais dans le train pour venir ici et que je n’ai pas répétée à Clara qui se moque de moi quand je lui parle de philosophie ; Arendt écrit : « Autrement dit, la négation délibérée de la réalité – la capacité de mentir – et la possibilité de nier les faits – celle d’agir – sont intimement liées ;elles procèdent l’une et l’autre de la même source : l’imagination. Car il ne va pas de soi que nous soyons capables de dire “le soleil brille”, à l’instant même où il pleut […] ; ce fait indique plutôt que, tout en étant parfaitement aptes à appréhender le monde par le sens et le raisonnement, nous ne sommes pas insérés, rattachés à lui, de la façon dont une partie est inséparable du tout. Nous sommes libres de changer le monde et d’y introduire de la nouveauté. » Ma guérison est venue de là. Ma guérison est venue de cette possibilité de nier la réalité.
§§§
Clara se lève. Je l’entends marcher. Elle va jusqu’à son évier, elle remplit le verre d’eau. J’entends le débit de l’eau, le bruit de l’eau qui remplit le verre et les déglutitions quand elle boit. Elle pose le verre. Je l’entends revenir à sa place, faire grincer la chaise sur le sol. Je suis toujours derrière la porte.
« Je déteste les » [de toute façon je haïssais les autres, comme Clara l’a dit plus tôt. ]
Ne l’écoute plus. 
Le temps s’enlisait. Je suis sorti du bureau de la médecin avec l’ordonnance et j’ai marché le moins vite possible jusqu’à la pharmacie pour perdre du temps, et rentrer chez Frédéric plus tard que si j’avais marché à un rythme plus soutenu, pour ne pas me retrouver face à une journée trop longue. Le pharmacien a lu ce qui était inscrit sur l’ordonnance, il ne pouvait sûrement pas deviner que le traitement n’était que préventif, rien, je crois, ne l’indiquait. Il m’a jeté un regard apitoyé, plaintif, rabatteur de la mort, et j’aurais préféré un geste de recul plutôt que son regard larmoyant.
§§§
J’avais passé une par une toutes les épreuves et les étapes obligatoires, les plus officielles, celles exigées par les procédures, comme les plus officieuses ; les médecins, les examens cliniques, la police, la police judiciaire, les médecins à moitié psychiatres et leurs conseils, mais aussi, presque comme si ces étapes étaient aussi institutionnalisées et obligatoires que les autres, la peur, les oscillations entre parole et silence, les sursauts d’arrogance pour se protéger.
§§§
Une deuxième personne s’était installée dans mon corps ; elle pensait à ma place, elle parlait à ma place, elle tremblait à ma place, elle avait peur pour moi, elle m’imposait sa peur, elle m’imposait de trembler de ses tremblements. Dans le bus ou dans le métro je baissais les yeux si un homme noir ou arabe ou potentiellement kabyle s’approchait de moi – car ce n’étaient que les hommes, et cette caractéristique était une autre absurdité, dans le fantasme raciste qui me colonisait, le danger avait toujours le visage d’un homme. Je baissais les yeux ou tournais la tête et je suppliais en silence Ne m’agresse pas, ne m’agresse pas. Je ne baissais pas la tête si l’homme était blond, roux, ou s’il avait une peau très pâle.
J’étais traumatisé deux fois : de la peur et de ma peur.
Ça a duré deux ou trois mois.
§§§

29 January 2020

Oтрава. Доктора не могли определить.

'Каково, умер; а я вот нет.'  

'Мертвец лежал, как всегда лежат мертвецы, особенно тяжело, по-мертвецки, утонувши окоченевшими членами в подстилке гроба, с навсегда согнувшеюся головой на подушке, и выставлял, как всегда выставляют мертвецы, свой желтый восковой лоб с взлизами на ввалившихся висках и торчащий нос, как бы надавивший на верхнюю губу.'

'Так они жили. И все шло так, не изменяясь, и все было очень хорошо.
IV
Все были здоровы. Нельзя было назвать нездоровьем то, что Иван Ильич говорил иногда, что у него странный вкус во рту и что-то неловко в левой стороне живота.'
'Как он в суде делал вид над подсудимыми, так точно над ним знаменитый доктор делал тоже вид.'

'Доктор говорил: то-то и то-то указывает, что у вас внутри то-то и то-то; но если это не подтвердится по исследованиям того-то и того-то, то у вас надо предположить то-то и то-то. Если же предположить то-то, тогда… и т. д. Для Ивана Ильича был важен только один вопрос: опасно ли его положение или нет? Но доктор игнорировал этот неуместный вопрос. С точки зрения доктора, вопрос этот был праздный и не подлежал обсуждению; существовало только взвешиванье вероятностей — блуждающей почки, хронического катара и болезней слепой кишки. Не было вопроса о жизни Ивана Ильича, а был спор между блуждающей почкой и слепой кишкой. И спор этот на глазах Ивана Ильича доктор блестящим образом разрешил в пользу слепой кишки, сделав оговорку о том, что исследование мочи может дать новые улики и что тогда дело будет пересмотрено. Все это было точь-в-точь то же, что делал тысячу раз сам Иван Ильич над подсудимыми таким блестящим манером. Так же блестяще сделал свое резюме доктор и торжествующе, весело даже, взглянув сверху очков на подсудимого. Из резюме доктора Иван Ильич вывел то заключение, что плохо, а что ему, доктору, да, пожалуй, и всем все равно, а ему плохо. И это заключение болезненно поразило Ивана Ильича, вызвав в нем чувство большой жалости к себе и большой злобы на этого равнодушного к такому важному вопросу доктора.'

'Иван Ильич вышел медленно, уныло сел в сани и поехал домой. Всю дорогу он но переставая перебирал все, что говорил доктор, стараясь все эти запутанные, неясные научные слова перевести на простой язык и прочесть в них ответ на вопрос: плохо — очень ли плохо мне, или еще ничего?'

'Ухудшало его положение то, что он читал медицинские книги и советовался с докторами. Ухудшение шло так равномерно, что он мог себя обманывать, сравнивая один день с другим, - разницы было мало. Но когда он советовался с докторами, тогда ему казалось, что идет к худшему и очень быстро даже. И несмотря на это, он постоянно советовался с докторами.'

'Меня не будет, так что же будет? Ничего не будет. Так где же я буду, когда меня не будет? Неужели смерть? Нет, не хочу.'

'— Чего тебе нужно? — было первое ясное, могущее быть выражено словами понятие, которое, он услышал. — Что тебе нужно? Чего тебе нужно? — повторил он себе. — Чего? — Не страдать. Жить, — ответил он.'

'И вот готово, умирай!'

'Что это? Неужели правда, что смерть? И внутренний голос отвечал: да, правда. Зачем эти муки? И голос отвечал: а так, ни зачем. Дальше и кроме этого ничего не было.'

'Вспоминал ли Иван Ильич о вареном черносливе, который ему предлагали есть нынче, он вспоминал о сыром сморщенном французском черносливе в детстве, об особенном вкусе его и обилии слюны, когда дело доходило до косточки, и рядом с этим воспоминанием вкуса возникал целый ряд воспоминаний того времени: няня, брат, игрушки. «Не надо об этом… слишком больно», — говорил себе Иван Ильич и опять переносился в настоящее.' [protoPrust net-net]

'Жизнь, ряд увеличивающихся страданий, летит быстрее и быстрее к концу, страшнейшему страданию. «Я лечу…»'

'Доктор оговорил, что страдания его физические ужасны, и это была правда; но ужаснее его физических страданий были его нравственные страдания, и в этом было главное его мучение. Нравственные страдания его состояли в том, что в эту ночь, глядя на сонное, добродушное скуластое лицо Герасима, ему вдруг пришло в голову: а что, как и в самом деле вся моя жизнь, сознательная жизнь, была «не то».'

'А смерть? Где она?»

Он искал своего прежнего привычного страха смерти и не находил его. Где она? Какая смерть? Страха никакого не было, потому что и смерти не было.

Вместо смерти был свет.

— Так вот что! — вдруг вслух проговорил он. — Какая радость!

Для него все это произошло в одно мгновение, и значение этого мгновения уже не изменялось. Для присутствующих же агония его продолжалась еще два часа. В груди его клокотало что-то; изможденное тело его вздрагивало. Потом реже и реже стало клокотанье и хрипенье.

— Кончено! — сказал кто-то над ним.

Он услыхал эти слова и повторил их в своей душе. «Кончена смерть, - сказал он себе. — Ее нет больше».

Он втянул в себя воздух, остановился на половине вздоха, потянулся и умер.'
1886
 

28 January 2020

over and out and over and out and

wikileaks

In 2015, [Kiran] Gandhi ran the London Marathon free-bleeding on her period as a symbolic act to combat menstrual stigma around the world, sparking a viral conversation about how menstrual health and hygiene is treated in various cultures.

21 January 2020

"Aujourd’hui, je ne sais plus pourquoi je t’ai aimé."

"Je ne sais pas ce que j’espérais en te retenant. C’est curieux, tu ne trouves pas? Être un jour si proches, puis se détacher, n’être plus que des étrangers. Le temps passe si vite."

09 January 2020

foliamorous

Oh, coucher avec un arbre !
Le rendre enceint !
Avoir des enfants avec lui.
 ~ Princesse Sapho, Le Tutu, Auch, Tristram, 1991, p. 29